Chronique d'une conversion.


De l’intérêt des chiroptères.


















Un français qui ne ronchonne pas est très suspect. Donc, je ronchonne. Pire, je suis devenu un écolo-sceptique ronchon. Comment est-il possible de tomber si bas ?

 

Tout a commencé par une belle fin d’après-midi ensoleillée de septembre 2010. J’aperçois un individu déambuler dans le fond de ma propriété en serrant contre lui ce qui ressemble de loin à un appareil photographique.

Mue par la curiosité, toute la famille se dirige vers lui, « que faites-vous là, quel est cet appareil que vous transportez, d’où venez-vous… ? ».

« Je suis naturaliste, je fais une étude sur les chauves-souris », répond-t-il.

« Ah bon ! » nous exclamons-nous. « nous avons toujours eu l’impression que ce secteur était formidable». Nous ne croyions pas si bien dire.

« Mais alors vous êtes un amateur de chiroptères, vous êtes du coin ? » lui demandons-nous benoîtement.

Petit temps d’arrêt de l’amateur des bestioles nocturnes. « Oui et non » nous dit-il un peu embarrassé. Oui il aime les chauves-souris, non il n’est pas du coin, mais alors pas du tout (nous sommes ici chez les Cht’is, dans le 59, lui est du sud). Amateur… pas vraiment, plutôt semi-pro, comme au foot.


Je tente péniblement d’établir un minimum de cohésion entre mes neurones pour comprendre ce que cafouille réellement ce type. Mais alors, un amateur peut être un semi-pro des chiroptères, c’est donc qu’il est payé ! Mais par qui ?

Voyant qu’il n’a pas grand-chose à craindre de ces benêts qui s’esbaudissent devant son détecteur d’ultra-sons qu’il a pris soin de faire fonctionner, ce dernier captant les cris des Murins chassant les insectes au raz de l’eau, il nous avoue, desserrant à peine les dents: « Je fais une étude d’impact pour un promoteur éolien, KDE France. Merci pour l’accueil… Au revoir ».

Et hop, notre lascar remonte dans sa camionnette blanche et disparaît dans la douce nuit qui commence à tomber.

 

C’est comme ça que l’on devient très ronchon, maudissant les écolos, Europe Ecologie-Les Verts (EE-LV) et tous ces zigotos donneurs de leçon. Il faut dire que, finalement, ça fait un bien fou de se vautrer dans l’écologiquement incorrect.

Pour en revenir à notre loustic vespéral, c’est lui qui nous a annoncé le projet d’une Zone de Développement Eolien (ZDE) dans notre jardin. Et là, je commence franchement à m’énerver. Le Ninbysme me touche, l'horreur absolue pour un écolo normalement constitué.

 

Il faut sauver la planète par tous les moyens.

Tout le monde, enfin certains, veulent absolument nous voir mourir dans d’atroces souffrances. Les Mayas en 2012, les météorologues du GIEC en 2300 et Eva Joly dans la dernière campagne présidentielle.

En attendant, des petits malins ont compris tout l’intérêt financier qu’ils pouvaient tirer du green-business, bien entendu beaucoup plus moral que le business tout court et tellement écolo-durable.

 

L’éolien industriel est le prototype même des farces et attrapes de notre enfance. Ce projet de ZDE, comme des centaines en France est banalement, anti-démocratique, anti-écologique, énergétiquement minable. Peu importe, l’image est essentielle.  

Ces méthodes un peu glauques, commencent à énerver beaucoup de monde. Finalement, tant mieux. Un bon coup de pied au derrière vous oblige à ôter vos lunettes vertes pour entamer une réflexion critique.

Je remercie donc les chauves-souris.

 

La modestie.

Je ne suis pas climatologue, ni écologiste autoproclamé, juste un petit gars qui tente de respecter comme il peut notre Mère la Terre comme dirait les allumés tendance Gaia. Les obsédés du gaz carbonique ont beau jeu de nous culpabiliser en vous assénant à longueur de temps que quoi que vous fassiez, c’est déjà trop pour notre planète qui n’en peut plus.

 

Proférer les horreurs qui vont suivre demande un gros travail. Il faut d’abord oser passer pour un déviant anti-Vert. Finalement ça-vient assez facilement, enfin pas tout à fait.

 

Parce qu’il faut tout de même des billes pour briller dans les dîners mondains. La lecture, et pas n’importe qui et quoi. Les rayons des librairies commencent à regorger d’ouvrages anti-apocalyptiques, anti Yann-Arthus-Bertrand, bref des bouquins tournant résolument le dos à ce tsunami écologico-bien-pensant tournant en boucle autour des sacro-saints petits gestes pour sauver la Terre, «c’est-toujours-la-faute-de-l’homme-blanc, le bio c’est invariablement bon, le commerce équitable l’est toujours et les ours polaires ne doivent pas finir empaillés…." etc.

 

La science et les progrès techniques qu’elle génère sont systématiquement soupçonnés des pires déviances. La chimie, les OGM, le nucléaire, les antibiotiques et les nanotechnologies doivent disparaître dans les poubelles de l’histoire. Heureusement, le bio et le commerce dit équitable sont l’honneur de l’humanité et vont évidemment sauver le monde.

 

Conclusions.

Il faut gommer toute notion de complexité, tout doit être noir ou blanc. Le gris est à bannir. Oser dire que l’on ne sait pas n’est pas tendance. Le cataclysme climatique semble inéluctable. Tirons un coup de chapeau aux climatologues du GIEC, forcément les meilleurs du monde, qui réussissent à scénariser un système infernalement chaotique comme le climat et donc notre avenir. Ce qui est vrai pour le climat, l’est également pour l’énergie. Anonner béatement qu’il faut sortir du nucléaire immédiatement, c’est faire l’impasse sur la complexité du problème, gommer volontairement les limites des énergies renouvelables enrobées d’un discours idéologique. Le y-a-qu’a-faut-qu’on devient pesant et contre-productif.

 

Précision importante, toutes la prose qui suit n’est pas le fruit d’une pensée personnelle particulièrement affutée et exceptionnelle. Merci à tous les auteurs dont je me suis inspiré (voire la bibliographie critique) pour éclairer ma bougie à la cire d'abeille certifiée sans OGM.

 

TL, janvier 2012.