L'écologisme d'abord, la démocratie... plus tard.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Dire qu’il y a urgence, cela ne veut pas dire qu’il faut imposer. Le danger d’un certain argumentaire de la radicalité écologique, comme de la radicalité sociale, c’est de mettre entre parenthèse la démocratie [1]». »Les fondamentalistes de l’écologie développent des tendances proprement religieuses ; ils diffusent un millénarisme catastrophiste et inquisitorial qui transforme le tri sélectif des ordures ménagères en religion du salut … Il y a désormais deux écologies : l’une qui s’efforce de concilier la sauvegarde de la nature avec le progrès ; l’autre qui constitue un véritable tête-à-queue par rapport à l’humanisme occidental classique[2] » et Jacques Juliard de s’inquiéter de « La réintroduction en contrebande d’une philosophie irrationaliste, anti-industrialiste, réactionnaire, à relent fasciste ».

 

La tentation totalitaire ?

« Il existe une certaine incompatibilité entre l’écologie et nos démocraties représentatives…. Les questions environnementales sont inaccessibles aux sens, à la conscience « spontanée » du citoyen…Il est donc difficile de prendre en compte les enjeux environnementaux dans le fonctionnement électoral : ils sont trop abstraits et éloignés [3] ». Ainsi s’exprime Dominique Bourg, responsable du développement durable, membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot (FNH), qui au passage, nous prend pour des demeurés. Toujours dans le même entretien, il nous assène que «La légitimité électorale débouche nécessairement sur une logique partisane, totalement inappropriée à la défense des grands enjeux environnementaux vitaux ».

Heureusement, Dominique Bourg nous rassure en affirmant que « L’écologie ne peut progresser que dans un cadre démocratique ».

Ouf…mais au fait quel cadre démocratique nous propose-t-il ?

 

Le monde selon D. Bourg [3]:

Une constitution intègrerait une extension du rôle patrimonial de l’état et le respect des limites que la planète oppose à nos activités. Une académie du futur serait composée de scientifiques et de quelques philosophes chargée de donner un contenu précis et évolutif à ces objectifs constitutionnels. Un nouveau Sénat serait proposé (une centaine de membres) qui opposerait son veto à toute proposition législative contredisant les nouveaux objectifs constitutionnels ou incitant à la surconsommation des ressources. Son mode de désignation échapperait à la logique partisane propre à toute assemblée élue, proposerait des membres aptes à travailler sur les données de l’académie du futur, offrirait une certaine représentativité gage d’une forme de légitimité 

Les sénateurs seraient tirés au sort sur une liste d’aptitude fournie par chaque circonscription régionale.

Il convient d’ajouter à ce tableau, une montée en puissance des ONG environnementales qui sont d’autant plus légitimes « qu’elles sont de portée internationale ou sont organisées en fonction de territoires environnementaux…elles offrent une expertise importante dans le discours environnemental ». La boucle est bouclée.

Il s’agit, comme le dit Bourg lui-même, d’un troisième âge de la démocratie. On ne peut s’empêcher de penser que seule une caste scientifico-politique, partageant les mêmes orientations ou sensibilités politiques aurait droit au chapitre. On reste dubitatif sur le mode de désignation des sénateurs, évidemment exempt de tout calcul politique, sur les termes de représentativité et de légitimité. Bien entendu notre philosophe préfère une transition « volontaire », afin que les populations acceptent ce »monde plus rude [4]» qu’il appelle de ses vœux mais rendu inévitable par notre refus des limites [5].

Sa version de la démocratie consiste à laisser les ONG environnementales bloquer toutes les décisions qu’elles jugent non conformes à la survie de la planète. Elles pourraient prétendre « parler au nom du bien public, pour une cause, et non pour quelques intérêts aussi limités que privés, sans pour autant être électoralement validés ». Des associations comme le WWF, FNE ou la FNH, « sensibles à la beauté et à l’intégrité des choses naturelles » auraient une sorte de droit de veto sur toutes les décisions essentielles [6].

 

Comme le remarque Etienne Dubuis à propos de cette « démocratie » écologique, « Ce n’est pas une démocratie, c’est une dictature. Le peuple n’est plus souverain, les sénateurs sont désignés par une poignée de militants écologistes qui ne représentent en rien les citoyens, en ayant en outre un droit de veto sur toutes les questions environnementales puisque l’environnement touche de près ou de loin tous les domaines de notre existence [7] »

Le Grenelle de l’Environnement a mais le doigt dans cet engrenage infernal. En effet, le gouvernement a publié le décret n° 2011-832 du 12 juillet 2011 relatif à la représentativité des associations environnementales qui définit les conditions auxquelles devront satisfaire les associations vertes pour participer aux instances consultatives consacrées à l’environnement. Selon Arnaud Gossement, cette réforme était indispensable et mettra en valeur « les associations ou fédérations qui oeuvrent réellement pour l’intérêt général . « Espérons que les fausses associations constituées à des fins uniquement politiques ou financières soient progressivement mises hors-jeu [8] ». Le texte défini des critères d’éligibilité qui semblent être taillés sur mesure pour favoriser les associations écologistes déjà existantes ayant pignon sur rue, qui profitent d’ailleurs à plein des subventions publiques. Enfin, un moyen de séparer le bon grain de l’ivraie. Le bon grain étant par exemple FNE dont le même Arnaud Gossement fut, il y a peu, l’avocat.

 

Dépassons les limites étriquées de notre beau pays.

« A l ‘échelle planétaire ». Comme le précise Pascal Acot, la locution paraît anodine mais pourrait constituer, dans la fanfare climato-catastrophiste, un axe majeur visant à discréditer le cadre nécessairement national de la politique pour, in fine, tenter d’effacer la politique elle-même [9]. L’environnement est un enjeu planétaire, l’action pour le préserver dépasse « nécessairement » le cadre des états ; Ceux-ci doivent donc accepter de céder leurs prérogatives en faveur d’instances supranationales. La gouvernance mondiale pourrait être un domaine de prédilection pour la gestion du climat. JL Boloo avec son enthousiasme communicatif ne rêvait-il pas, « Que tous les pays industrialisés s’engagent dans les conditions définies par le GIEC ». La gouvernance mondiale climatique est un fait, le GIEC, cet hybride politico-scientifique, fait la part belle à la politique, accessoirement à la science [10]. Tout le monde connaît les différences radicales entre la partie scientifique du rapport et le « résumé à l’intention des décideurs ». Seul ce dernier fait l’objet d’une vaste communication médiatique. « Ce résumé n’est qu’un document politique dont la seule apparence est scientifique. Selon les propres aveux du GIEC, il résulte des représentants des 113 gouvernements qui ont revu et révisé le résumé ligne par ligne [11] »

 

Le couple Climat-GIEC préfigure ce qui pourrait nous attendre dans un avenir proche, une gouvernance mondiale d’abord climatique, mais il serait dommage de s’y limiter. Tout devient trop complexe pour que la gestion ne soit déléguée qu’aux seuls états. Nicolas Hulot ne précise-t-il pas que « plus personne n’entretient d’illusions sur le pouvoir d’un pays isolé à infléchir la réalité [12]». Dans la foulée le dirigeant du Medef chargé du développement durable, lors du sommet de Copenhague affirme que «La bonne solution, c’est la convergence des politiques dans le cadre d’un accord mondial contraignant [13] ». Traduisons en clair: contraignant pour les citoyens mais certainement pas pour les actionnaires de l’affairisme vert, autrement dit la socialisation des risques et la privatisation des bénéfices.

 

Le réchauffement climatique représente une « merveilleuse » opportunité [14]:

  1.  Pour les pays du Sud qui l’imputent aux pays du Nord, pour les petits états insulaires du Pacifique tellement intéressants car soit disant en première ligne face à la montée des eaux, peu importe que ces atolls soient en voie de subsidence qu’ils accélèrent en pompant l’eau douce, en prélevant le matériau corallien comme matériau de construction. Pour l’Afrique en quête de ressources qui lorgne vers les mécanismes de développement propre en fait accaparés par la Chine, l’Inde et le Brésil. Seuls les marchés porteurs intéressent les investisseurs. L’Afrique et la planète beaucoup moins. Pour les pays du Nord, le réchauffement climatique justifie une nouvelle guerre froide opposant pays riches et vertueux au Sud pollueur. De nouveaux marchés s’ouvrent, il sera possible de discréditer les produits du Sud au motif qu’ils ne respectent pas les normes environnementales justifiant ainsi le protectionnisme.
  2. Le Global change est une formidable opportunité pour certains pays mais aussi et surtout pour l’ONU, les ONG, les laboratoires de recherche, les entreprises [14]. Grâce à lui, il dispose :
  • D’une tribune mondiale, via le GIEC, entretenue à coup de rapports catastrophiques et de courbes alarmantes, jamais celles allant dans le bon sens,
  • De financements, la peur est payante,
  •  D’une légitimité, l’ONU est la seule organisation globale pouvant s’attaquer à un problème planétaire, si en plus vous êtes couronné d’un prix Nobel…
  • Les ONG n’ont jamais été aussi puissantes, écoutées, courtisées. Le blanchiment écologique des entreprises polluantes est devenu un business très lucratif. Inutile de préciser qu’elles n’ont aucune légitimité à parler au nom du peuple, d’autant qu’elles fonctionnent comme des multinationales (WWF, Greenpeace…), comportent des centaines voire des milliers d’employés, et que leurs modes d’action sont largement inspirés de ceux du lobbying à l’Américaine.

Finalement, dans la grande bataille des certifications, qui labellise ? Les ONG, les gouvernements, les entreprises… ?

 

On est encore plus inquiet en apprenant que le France apporte son soutien à l’initiative visant à créer une « plate-forme intergouvernementales science-politique sur la biodiversité et les services éco systémiques (IPBES) [15] «  naturellement applaudie par les experts du GIEC. Son fonctionnement est calqué sur ce dernier.

L’IPBES est d’ailleurs qualifié de « GIEC de la biodiversité » ce qui ne manque pas d’inquiéter au vue du fonctionnement de son grand frère ! Malgré tout, JL.Borloo en son temps nous affirmait que » l’IPBES, à l’instar du GIEC, sera conçue pour fournir une information fiable et sûre à l’ensemble des décideurs à travers le monde, une présentation efficace des savoirs scientifiques ».

Une plate-forme intergouvernementale science-politique sur la biodiversité : une belle fête de l’esprit et de la rigueur en perspective [10] !

 

En guise de conclusion

Souveraineté nationale, non-ingérence, droit des peuples, à décider d’eux-mêmes (et donc pour eux même), ces notions contenues dans le préambule de la Charte de l’ONU, risquent de devenir évanescentes. 

Place désormais aux grandes orgues de la pensée globale et bioclimatique […] Au sortir de Copenhague, certains ne se sont pas privés de souligner que la démocratie pourrait bien constituer un obstacle gênant dans la lutte contre le réchauffement [9] ».

Michel Serres, professeur à Stanford, dissipe le brouillard autour du véritable horizon idéologique « réchauffiste »: « ce que montre avant tout le sommet de Copenhague, c’est que les limites du politique, au sens traditionnel du mot, sont aujourd’hui atteintes à un point sans précédents dans l’histoire ».

 

Ainsi soit-il et bienvenu dans le monde merveilleux de quelques élus (mais pas sur le mode démocratique) autoproclamés, omniscients et visionnaires.

A l’instar de Cohn-Bendit, certains tirent la sonnette d’alarme ; Henri Atlan, philosophe et biologiste estime que »La religion écologique du « sauver la planète » risque de nous emporter dans des débordements idéologiques, non sans danger de totalitarisme comme certaines gouvernances mondiales déjà préconisées [26] ». En attendant ne perdons pas de vue les vraies valeurs. Ne résistons pas à l’envie de reprendre la dernière pique du livre de P. Acot [9]: « Hermès révèle le projet de son premier yacht pour milliardaires écoresponsables [17]».

La classe… !

 

 

TL, mars 2012.

 

 

Bibliographie :

1. « Cohn-Bendit passe aux aveux », Marianne, n° 650, 3 octobre 2009.

2. Jacques Julliard, « Non à la déesse Nature ! », Le Nouvel Observateur, 3 décembre 2009.

3. Entretien avec Dominique Bourg, « Démocratie, le défi écologique », Les grands dossiers des Sciences Humaines n°19, juin-juillet-août 2010.

4.Entretien avec Dominique Bourg, « arrêtons la farce du développement durable ! », www.bretagnedecroissnace;fr, 27 juillet 2010.

5. Dominique Bourg, « L’écosepticisme et le refus des limites », Etudes, juillet-août 2010.

6. Gil Rivière-Wekstein, « Bio, fausses promesses et vrai marketing », Le Publieur, 2011.

7. Etienne Dubuis, « Vers une dictature écologique », Le Temps, 13 novembre 2010.

8.http://www.arnaudgossement.com/archive/2011/07/13/urbanisme-et-performance-enrgetique-publication-du-decret-n.html

9. Pascal Acot, Climat, un débat dévoyé ? », Amand Colin, 2010.

10. Drieu Godifridi, « Le GIEC est mort, vive la science »,Editions Texquis, mai 2010.

11.Stanislas de Larminat, « Les contrevérités de l’écologisme », Editions Salvator, 2011.

12. Le Monde, 6 avril 2010.

13. Le Monde, 12 janvier 2010.

14. Sylvie Brunel, « A qui profite le développement durable ? », Editions Larousse 2008.

15. Programme des Nations-Unies pour l’environnement, Nairobi, 5-9 octobre 2009.

16. Henri Atlan, « La religion de la catastrophe », Le Monde, 28 mars 2010.

17. Le Monde, 18 octobre 2009.