La pédagogie de la catastrophe.










N. Klein [1] dénonce l’avènement d’un capitalisme du désastre par les tenants d’un ultra-libéralisme mettant sciemment à contribution crises et désastres pour saper les valeurs démocratiques des sociétés et leur substituer la seule loi du marché et de la spéculation.

Les changements climatiques observés et l’angoisse générée qui s’y rapporte constituent un choc mondialisé médiatisé à des niveaux jamais atteints. Le catastrophisme ainsi entretenu fige tout recul nécessaire à une analyse sereine.


Comment résister à l’angoisse générée par les titres du Monde, véritable porte-parole du GIEC en France [2] entre 2003 et 2006, « La terre est malade de l’homme», « Bientôt, des millions de réfugiés climatiques chassés par l’océan », « Une extinction massive des espèces est annoncée pour le XXI° siècle ».  

En 2007, année de la publication du quatrième rapport du GIEC, débute véritablement la période de sensationnalisme scientifique [2] : « En 2050, le monde pourrait compter plus d’un milliard de réfugiés climatique », « Les experts du GIEC s’attendent à des famines », « la planète est menacée par une bombe climatique », « Le réchauffement climatique pourrait déclencher une guerre civile mondiale », « Et si les eaux montaient de 2 mètres ? ».

L’apothéose en 2010 : « on peut analyser les changements climatiques comme une invention de scientifiques malhonnêtes. L’histoire est faite de choix (…) Ceux qui font les bons paris. Il fallait choisir : Munich ou Londres : l’URSS ou le monde libre. Il faut choisir : les climato-sceptiques ou la communauté des climatologues. La comparaison est-elle exagérée, Non », polémique classique qu’est la reductio ad hitlerum. Amen.


Impossible d’ignorer Yann-Arthus-Bertrand (YAB) et son film de propagande, Home: «  Le terrorisme des belles images… La gratuité du film, mais pas celle des produits dérivés… Le greenwasching. l’opportunisme oppressant, cousu de fil blanc ou se vautrent Yann, Luc (Besson) et François-Henri (Pinault)…Africains et Esquimaux sont priés de rester à l’état sauvage parce que ces braves gens réduisent leur empreinte carbone au strict nécessaire en ne gaspillant pas les ressources fossiles comme l’homme blanc, ils mangent très peu de viande, ils sont ingénieux et utilisent l’huile de coude et le jeûne pour dompter leur besoins consuméristes primaires… Ils sont très tendances car on peut s’y livrer au tourisme durable [3] ». 

Le mal a une formule chimique : c’est le CO2 sournois. Il faut donc » compenser carbone » et verser son obole chaque fois que l’on émet ce gaz. Le commerce des indulgences fait son retour.


On va souffrir puisque, selon Greenpeace, »Le progrès des technologies à des effets secondaires que nous ne soupçonnons pas…on verra l’implantation chez nous de la malaria, la peste, la dysenterie…il est possible que l’inquiétude et le désespoir au sujet de l’avenir se traduisent par une augmentation des comportements nihilistes et asociaux ». Le progrès, pour cette ONG, est évidemment aussi sournois que le CO2. Que Greenpeace se rassure, les comportements asociaux et nihilistes n’ont pas attendus la prétendue horreur climatique pour s’exprimer.

 

Entre censure et moralisme douteux.

Un spot publicitaire a été censuré par l’Autorité de régulation de la publicité au motif que « la publicité ne doit pas discréditer les principes et objectifs, non plus que les conseils ou solutions, communément admis en matière de développement durable » et d ‘ajouter que « la publicité doit bannir toute évocation ou représentation de comportement contraire à la protection de l’environnement et à la préservation des ressources naturelles, sauf dans le cas où il s’agit de le dénoncer  ».

Il s’agissait d’un spot publicitaire caricaturant des écolos demeurés, emmenés par un gourou ayant atteints leur idéal : zéro émissions de CO2, moyennant la prohibition des produits manufacturés et du feu, mais obligés de parler et donc d’émettre ce maudit gaz. Suit alors un slogan hérétique : « on ne peut pas vivre sans émettre de CO2, tâchons d’en rejeter le moins possible comme la WW Passat Blue Motion.

 

 La manie des petits gestes pour la planète.

L’indispensable 365 gestes pour sauver la planète (Edition La Matinière, 2005) nous guide : «économisez l’eau de la chasse d’eau» le 7° jour (le coup de la brique), le sapin en plastique le 3° jour, «approvisionnez- vous en électricité verte», un exploit, les électrons verts ne se mélangent pas avec ceux émanant des centrales nucléaires. YAB, toujours lui, arrive en tête en matière d’idéologie des petits gestes. Il a par exemple relayé en 2010 une campagne britannique dont l’objectif était d’inciter les particuliers et les entreprises à baisser de 10% leurs émissions de CO2. Rien de très précis pour les contraintes aux entreprises, mais c’est sévère pour les particuliers : vélo, réduction du chauffage et de la consommation d’électricité, manger moins de viande et donc réduire le méthane issu des pets des vaches, passer plus de temps en famille et donc moins consommer [4]. Bilan des courses, 18 tonnes de CO2 ont été évitées, chiffre à mettre en perspective avec les 13.000 millions de tonnes produits par la Chine et les USA en 2007 [4]. On reste sceptique sur le réel fondement de s’éreinter en petits gestes.

C’est un ordre, changeons nos habitudes individuelles tous en même temps, la tempérance, l’économie et la résignation en particulier pour les pauvres [5].

 

Le climat ou le pouvoir d’achat ?

La facture verte aggrave la fracture sociale, surcoût lié au passage à l’écologie: alimentation biologique, logement basse consommation, consommation d’énergie, transport, loisir, taxe carbone, taxe poubelle et pénalise les ménages modestes. Le surcoût de la vie en vert est estimé à 22% de leur budget versus 9% pour les ménages aisés [6].

Ces quelques détails laissent de marbre nos prosélytes médiatiques verts assez rarement dans le besoin il est vrai.

Il était possible d’entendre sur France Culture le 27 février 2011, Hervé Kempf se réjouir de la flambée des prix du pétrole à l’occasion des crises politiques qui secouent les pays Arabes. Selon lui, « c’est bon pour la planète, les gens hésiteront à se déplacer en voiture et donc émettront moins de CO2 ». Peu lui importe que la flambée des prix du gaz et de l’essence nourri la précarité énergétique [7,8].  »Plus de la moitié des Français redoutent une baisse de leur pouvoir d’achat dans les prochains mois…l’envolée des prix de l’énergie alimente cette crainte [9]… ». A tel point que le médiateur de l’énergie et les associations caritatives s’inquiètent de la recrudescence de la précarité énergétique ces dernières années [9] ». Fadaises que tout cela pour un Hervé Kempf qui prêche ouvertement pour un « appauvrissement » des habitants de nos contrées [10]. La frugalité, voilà ce qui va sauver la terre et de noter que « l’Afrique peut enseigner à l’Occident comment s’accommoder de la frugalité [11] ». Bien vu, comme le fait remarquer P. Acot [5], « à raison de 25 000 décès quotidien liés à la sous-nutrition [12], ce continent, en matière de frugalité, s’appuie sur une expérience pédagogique inégalée… ». Dans un autre registre, toujours Kempf, se félicite que la récession, chômage et perte d’activité industrielle ait permis, divine surprise, des réductions d’émissions carbonées inattendues [13]. 

Le voile se lève sur les coûts des promesses écologiques faites en 2007 avant la crise. « On mesure mieux les sommes colossales d’investissement que cela représente et les sommes que devront payer les consommateurs…les équipements étant en outre étrangers, chinois surtout, et que les subventions encouragent essentiellement les importations17 ».

 

Mécénat, fondations, associations écologistes: un jeu trouble.

Un rapport parlementaire s’étonne de certaines situations [14]. Comment être neutre sur les choix énergétiques lorsque EDF, l’Oréal et TF1 sont les administrateurs principaux de la fondation Nicolas Hulot (FNH)? Quant à YAB, encore et toujours lui, sa tartufferie n’a pas de limite puisque sa fondation, Goodplanet soutient l’organisation du mondial de football au Quatar en 2022, gâchis énergétique délirant prévisible. En échange, son film Home a été traduit en arabe.

Si nos moralistes télévisuels héliportés ne sont pas spécialement des modèles de vertu, Il en est de même des associations dont les statuts, la gouvernance et les sources de financement semblent obscures (page 72). Ainsi, les frais de fonctionnement posent question : la masse salariale de la FNH à un taux dépassant les 50%, France Nature Environnement près de 60% pour budget de 2,7 millions d’euros, les charges en personnel atteignant 1,6 millions d’euros (page 49).

Certains élus ont vivement réagis à cette situation. Le Codever s’étonne du montant astronomique des subventions publiques et des dons des grandes entreprises polluantes versées aux associations écologistes. Le Greenwashing joue à plein et constitue une source financière majeure pour les ONG environnementalistes qui se transforment pour l’occasion en société de marketing. « La générosité publique et le mécénat d’entreprise en direction de l’environnement génèrent une dépense fiscale évaluée à 1,5 milliards d’euros [15]».

 

L’humanité, je t’aime...moi non plus.

L’écocentrisme à fait la peau de l’anthropocentrisme. Un philosophe comme Hans Jonas, a théorisé le principe de responsabilité [16], et s’est efforcé de réhabiliter une pensée théologique en créant une mystique de la nature, déplorant en outre très souvent la «prolifération» de l’humanité.

« Ce qui choque le plus dans l’œuvre de Jonas sont les moyens qu’il propose pour parvenir à ses fins. C’est la peur qui fonde son principe de responsabilité [17] ».

L’homme prolifère et est coupable de tout. Le Commandant Cousteau, icône des poissons, préconisait de réduire la population de 300 000 personnes par jour [18] sans nous préciser les moyens. Philippe d’Edimbourg, déclarait en 1998 à l’agence de presse Deutsche Agentur : « Si je devais être réincarné, je voudrais que ce soit sous la forme d’un virus mortel afin d’apporter ma contribution au problème de la surpopulation. ». Rappelons que ce cher Philippe est l’un des fondateurs du WWF. Toujours plus fort, James Loverlock, le père de l’hypothèse Gaïa, s’est prononcé pour une réduction de la population mondiale à 500 millions d’individus. Yves Paccalet, ex collaborateur du Commandant Cousteau, nous dit que « la disparition de l’homme, au fond serait une bonne nouvelle [19] ». Plus social, Yves Cochet propose en 2009, une inversion du montant des prestations familiales à partir du troisième enfant au motif qu’un nouveau-né « aurait un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York [20] ».

La bombe P (P pour population), titre du livre de Paul Erlich, est une menace pire que la bombe A, mais nous sommes loin de ses prédictions apocalyptiques Malthusiennes. « La croissance démographique connaît une décélération prévisible, qui fait que le XXI° siècle ne sera pas celui d’un prétendu surpeuplement, mais celui d’un phénomène inédit par son ampleur : le vieillissement de la population (…) La transition démographique, passage d’un régime de forte natalité et de mortalité élevée à un régime de basse mortalité puis de faible natalité, est portée par les progrès techniques, économiques, sanitaires et par de meilleurs comportements sanitaires. La croissance démographique des deux derniers siècles n’est nullement due à une augmentation de la natalité ou de la fécondité, mais à la diminution de la mortalité (…) Les populations adaptent leur comportement de fécondité aux changement structurels de la mortalité et entrent dans la seconde étape de la transition démographique , celle de la décélération, baisse du taux de natalité dans le monde de 45% en 25 ans, baisse de la fécondité mondiale de 44% sur la même période, baisse du taux d’accroissement et du solde naturel [21] ».

Quant à l’urgence alimentaire, « les géographes sont unanimes pour dire que la planète est loin d’avoir atteint ses possibilités maximales en termes de production alimentaires (..). La nécessité d’une agriculture écologiquement intensive, les OGM (enjeu essentiel, considéré de façon beaucoup plus pragmatique dans les pays soumis à de fortes contraintes spatiales et climatiques que dans une Europe arc-boutée sur de grandes peurs sociétales) constituent des pistes d’avenir (…) La terre est largement suffisante pour nourrir la population mondiale, le problème se situant plus au niveau de l’accessibilité et de la répartition que de la production [21] ».

Finalement, pour une fois y voir une opportunité, et si le changement climatique permettait d’augmenter les surfaces cultivables, la Russie voyant d’un très bon œil cette éventualité.

 

TL, mars 2012.

 

 

 Bibliographie :

1. Naomi Klein. La stratégie du choc ou la montée d’un capitalisme du désastre. Editions BABEL , 2008.

2. Drieu Godefridi. Le GIEC est mort, vive la science .Editions Texquis, mai 2010.

3. Iegor Gran. L’écologie en bas de chez moi. POL éditeur, 2011.

4.De l’inutilité d’être écolo en Europe. http://www;cafebabel.fr/article/36496/de-l-inutilite-d-etre-ecolo-en-europe.html

5. Pascal Acot. Climat, un débat dévoyé ? Edition Armand Colin, 2010.

6. http://www.lefigaro.fr/conso/2011/03/01/050007-les-prix-de-l-energie-accable-les-plus-modestes.php

7. http://www.lemoniteur.fr/201-management/article/actualite/844953-la-precarite-energetique-sous-observation

8. Jean Michel Bezat. Le Monde du 26.02.2011.

9. http://www.actu-environnement.com/ae/news/installation-observatoire-precarite-energetique-NKM-besson

10. Américains et Européens doivent réduire leur consommation matérielle. S’appauvrir pour parler clair » Le Monde, 30 juin 2010.

11. Le Monde , 28 juin 2009.

12. Données issues de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’Agriculture (FAO).

13. Le Monde, 24 novembre 2009.

14. Rapport d’information sur les modes de financement et de gouvernance des associations de protection de la nature et de l’environnement, n° 3142.

15. Les tours pendables du panda. Le Canard Enchaîné-mercredi 5 janvier 2011.

16. Hans Jonas. Le principe de responsabilité, « Champs », Flammarion, Paris , 1998.

17. Jean de Kervasdoué. La peur est au-dessus de nos moyens. Pour en finir avec le principe de précaution. Editions PLON , 2011.

18. Courrier de l’Unesco, novembre 1991.

19.  Le Pèlerin, juin 2007.

20. Gilles Finchelstein. La dictature de l’urgence. Editions Fayard, 2011.

21. Gérard-François Dumont, in Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête. 15 grands scientifiques géographes nous rassurent sur notre avenir. Editions Lattès, 2010