Les ONG mènent le jeu. Ce n'est pas forcément une bonne nouvelle.










Un peu d’histoire [1,2].

L’importance des ONG dans le débat politique n’est plus à démontrer et devient préoccupante.

L’émergence des ONG environnementales comme force planétaire est évident, leurs moyens d’action décuplés par la réorientation des aides publiques vers le concept de défense de la nature. Au tournant des années 1990, les crédits alloués au développement se réorientent sur l’urgence et l’environnement. En effet à la suite de la crise de la dette, accompagnée de privatisations, les ONG se voient confier de nouvelles missions en particulier dans les pays du Sud. L’humanitaire sert de cheval de Troie à la pénétration de nouveaux systèmes de pensée. Des ONG aux dimensions planétaires deviennent les nouvelles lessiveuses de notre mauvaise conscience en agissant bien entendu au nom de la « société civile ».

Le sommet de la terre à Rio en 1992 consacre le règne des ONG. Le message était clair, les grands périls menaçant le monde ne sont plus sociaux mais naturels. L’influence idéologique anglo-saxonne est prégnante et repose sur le mythe de la nature sauvage qu’il mettre sous cloche en ignorant superbement que les autochtones l’entretenaient depuis des millénaires. Les populations indiennes ont été chassées pour obtenir le Yellowstone conforme aux exigences de pureté de la nature…

 

Dans les faits.

Elles mènent le jeu en se présentant comme les porte-parole de la société civile. Les plus grosses (WWF, WRI, UICN, FNE…) comptent des centaines, voire des milliers d’employés. Elles tirent leur financement pour partie de dons, de subventions publiques et/ou d’expertises. « Elles sont construites comme de grandes entreprises de protestation, ont un besoin de pérennité et de légitimité politique, qui les amène à rassembler des moyens importants [1] ». Leur mode d’action est largement inspiré de ceux du lobbying à l’américaine, la majorité d’entre-elles étant d’origine anglo-saxonne.

 

On ne peut s’empêcher de comparer cette situation à celle d’un syndicat comme relais d’un parti politique dans la société civile. Leur ramifications s’étendent autant dans les milieux politiques que dans les milieux d’affaires. En France, le «Grenelle de l’environnement» sous la pression d’une coalition hétéroclite d’associations environnementales, s’est conclu par des mesures écologiquement correctes.

 

Après de nombreuses années d’activisme, leur système de communication est d’une redoutable efficacité, jouant quasi systématiquement sur le registre médiatique de la dramatisation. » Mais leur force de contestation évidente dans les années 80, se dilue peu à peu au fur et à mesure qu’elles s’impliquent dans les politiques publiques nationales et internationales en développant un lobbying à l’expertise [1] ». Elles associent donc des scientifiques à leur démarche, ce qui implicitement crée des liens de dépendance. Cette dépendance étant évidente entre les états et les institutions internationales qui subventionnent ces ONG. Finalement nous en sommes au stade ou « les ONG continuent à s’autoproclamer représentantes de la société civile et essaient de légitimer cette position en faisant appel à l’opinion publique sous forme de pétition, de mobilisation, de dons […] la compétition est la règle derrière les alliances conjoncturelles d’où une surenchère relayée sans trop de discernement par les médias […] Les grandes ONG qui ont fondé leur existence sur la contestation sont progressivement devenues des institutions qui doivent assurer leur pérennité à tout prix. Elles n’ont plus guère l’esprit suffisamment révolutionnaire pour remettre en cause leur statut de conseiller du Prince en contestant de manière frontale le système économique et politique international [1] ». Fabrice Nicolino ne dit rien d’autre [3].

 

Le développement durable, archétype de cette dérive, ne remet nullement en cause les mécanismes de la société libérale. Les ONG qui en défendent l’application sont des vecteurs de la mondialisation, des outils de communication et de propagande. « Les mécanismes visant à faire appliquer les grandes conventions du développement durable (changement climatique, biodiversité, exploitation des forêts) reposent plus sur des accords négociés que sur l ‘application de normes contraignantes, ce qui signifie qu’il existe toujours un moyen pour les plus riches de s’en exonérer : il suffit de pouvoir payer » nous rappelle Sylvie Brunel [2].

 

ONG, business et lobbying climato-industriel .

« La générosité publique et le mécénat d’entreprise en direction de l’environnement génèrent une dépense fiscale évaluée à 1,5 milliards d’euros [4] ». On comprend mieux leur fébrilité devant le moindre hiver rigoureux…

 

Le WWF, champion toute catégorie [5]. 

Lors de la catastrophe de Bhopal en Inde (12 000 morts), Russel Train, président du WWF-Etats-Unis était responsable « sécurité-environnement » d’Union Carbide, et donc de sa filiale indienne. Il est l’un des fondateurs du WWF ainsi que plusieurs cadres de très haut niveau opérant dans des firmes les plus polluantes des Etats-Unis qui occupaient des sièges dans les conseils d’administration de nombreuses organisations environnementales. On imagine sans mal la manne financière irriguant ces associations et ONG, baptisées «partenaires de conservations» pour celles travaillant avec le WWF.

 

Le WWF France n’a rien changé aux habitudes puisque Le Greenwashing joue à plein et constitue une source financière majeure pour cette ONG qui se transforment pour l’occasion en société de marketing [6]. Le panda est le sésame de la belle image et du commerce des indulgences. Le WWF est finalement assez peu regardant sur ses partenaires (Monsanto et OGM au forum global du soja durable à Foz d’Iguaçu, le cimentier Lafarge totalisant 750 carrières et 166 cimenteries assez peu contrôlées par le WWF….etc).

 

Récemment, David Nussbaum, directeur exécutif du WWF Royaume-Unis mais également directeur non –exécutif du fond privés d’investissements en actions, Low Carbon Accelerator, a tenté d’exploité sa position publique pour tenter de faire «recadrer» des ministres critiques vis à vis des énergies renouvelables, l’éolien en particulier. Il faut dire que le cours de son action a chutée de 60% et cette dégringolade risque de s’étendre à Finance Innovation Lab, hébergé main dans la main par le WWF et ICAEW. Bref, Nussbaum en appelle à David Cameron pour qu’il reprenne ses ministres, de simples politiciens ne devant pas influer sur les bénéfices des financiers Verts [7].

 

Le business Vert sera très juteux.

Il faut trouver 3 000 milliards d’euros soit 6 000 euros par habitant de l’union européenne pour financer la politique climatique européenne selon le rapport d’Accenture et Barclays Bank [8]  qui est avant tout un support de lobbying pour convaincre les décideurs politiques européens [9].

La Barclays fait partie de l’UNEPFI (180 grands groupes financiers) qui travaille en très étroite collaboration avec l’ONU dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Barclays a recruté Th. Roosevelt IV (managing directors et chairma) de sa branche dédiée à l’exploitation du développement durable qui est membre du puissant Council on Foreign Relations américain et membre du Board de l’Alliance for Climate Protection, fondation créée et dirigée par Al Gore. Il a été président du Global Council on Climate Change de la banque Lehman Brothers ou son principal consultant était Al Gore…. Encore lui, icône des ONG environnementales et formidable propagandiste!

 

On pourrait espérer qu’un tel investissement aura un impact majeur sur les taux atmosphériques en CO2. Que nenni ! En retenant l’avis des experts, on épargnerait à l’atmosphère le stockage de 1 milliard de tonnes de CO2 pour l’ensemble de la période 2011-2020, soit une réduction de concentration de 0,15 ppm pour 389 actuellement. Autant dire qu’il n’en résulterait aucun impact sur les températures globales. Tout ça pour ça.

Il s’agit simplement de socialiser les pertes et de privatiser les bénéfices. Les auteurs du rapport eux même concluent que les technologies à faible intensité carbone sont immatures ! On pourrait croire que la plus grande prudence s’impose. Soyons sans crainte, l’ingéniérie financière fait des miracles. Pour limiter les risques, Accenture propose que les pouvoirs publics accroissent et pérennisent leur soutien aux technologies à faible intensité carbone sous forme d’aides financières et de réglementations protectrices (socialisation des risques). La titrisation, que nous apprécions tous depuis la crise des subprimes en 2008, serait la solution financière drainant des masses de capitaux (privatisation des bénéfices).

Marcus Agius (Chairman de Barclays) constate que »Nous avons besoin de bases politiques durables pour aider à déverrouiller le flux nécessaire de capitaux ». Au moins c’est clair. On peut traduire les vœux financiers comme une demande pressante aux gouvernements de faire supporter aux contribuables, de façon pérenne, des pertes financières et les risques inhérents aux incertitudes, pour assurer la rentabilité aux investisseurs.

 

Tout ce barnum financier serait difficile à faire passer auprès des citoyens sans la complaisance intéressée et médiatisée des ONG environnementales et/ou de la naïveté de nombreux écologistes (militants ou non) réduits au rôle d’idiots utiles.

 

ONG et éléments de langage [1].

1. « Les pays riches pillent la biodoversité des pays pauvres ».

Le concept d’or vert séduit beaucoup, posant le problème des droits de propriété liés aux innovations biotechnologiques utilisant ces ressources naturelles. Il faut relativiser les revenus issus de la bioprospection, l’intérêt des industriels pour les substances issues de la biodiversité a beaucoup diminué. La chimie combinatoire permet de synthétiser rapidement des milliers de composés à un coût raisonnable. Le biopiratage existe, mais n’est finalement aussi frénétique que les ONG le laissent entendre.

2. « Il faut protéger la biodiversité ».

Dans le monde anglo-saxon, cela signifie la protection intégrale de la «nature sauvage», l’homme n’existant pas. Les écosystèmes exceptionnels, les «hotspots» au nombre de 35 sur la planète surtout en zone tropicale, n’intègrent pas les populations locales. Finalement, selon les sociologues, au travers des milieux naturels ou aménagés, nous voulons une nature sécurisée, aseptisée qui convient au plus grand nombre. En Europe la réalité de la nature est finalement un anthroposystème évoluant depuis des millénaires au sein desquels de nombreuses espèces sont devenues dépendantes.

Il est très incorrect de dire que de nombreuses espèces animales sont dangereuses pour l’homme : moustique, serpent, tigres, éléphants qu’il faut protéger au nom du consentement à payer ! Le consentement du paysan africain dont les champs sont ravagés par les pachydermes n’est évidemment jamais sollicité.

3. «Il faut plus d’aires protégées».

Certaines ONG réclament 25% d’aires protégées en milieu terrestre, qui seraient centrées essentiellement en zone tropicale car plus riches. Finalement, les pays du Sud deviendraient de vastes réserves de faune et de flore, exit les populations locales qui n’ont pas attendues ces bonnes âmes pour gérer correctement leur environnement. Evidemment le braconnage à un impact massif sur les effectifs des grands animaux africains, pratique essentiellement due à la pauvreté. Seules les aires marines protégées ont réellement eu un impact bénéfique sur la faune et les ressources halieutiques.

Il est évident que ces aires protégées ont permis d’éviter la disparition de certaines espèces ou d’écosystèmes, mais ne constituent pas un outil universel et durable. Ces zones d’exclusion sont mal vécues dans les pays en voie de développement.

4. «La communauté internationale se mobilise pour protéger la biodiversité».

Il s’agit de décrypter cet immense barnum médiatique qui voit s’agiter les ONG, les politiques, les scientifiques et les industriels. Les raisons officielles de l’érosion de la biodiversité, «destruction d’espèces, pollution, surexploitation», masquent les vraies origines du mal, la pauvreté, la corruption, le profit à court terme.

A partir de ce malentendu entretenu, chacun tente de «placer ses billes». Le scientifique comme caution légitime, l’écologue, les ONG, les informaticiens et leurs banques de données… etc. Chacun essayant d’avoir accès à la manne financière qui découle de la dramatisation médiatique qui fait vendre de l’encre. Un entrelacs subtil relie les politiciens, des banques finançant des instances internationales qui elles-mêmes rétribuent qui bon leur semble du moment où les intérêts idéologiques convergent.

Le greenwashing peut s’exprimer pleinement. Les ONG développent insidieusement un lobbying à l’expertise en se voyant confier par les états où des organismes internationaux des missions qui demandent une expertise éprouvée et donc des liens de dépendance avec les scientifiques mais également avec les institutions internationales. La boucle est bouclée.

 

Conclusions.

Comme l’évoque Christian Lévêque, on a le sentiment que les ONG privilégient la protection de certaines espèces animales, au détriment du bien-être des populations locales. Les vraies questions sont éludées, d’autant plus qu’à l’image de nos écologistes contestataires médiatiques Français [2] fréquentant dorénavant assidument les salons dorés et les photos ministérielles, les professionnels de l’écologie baignent dans une ambiance émolliente peu propice à la remise en cause drastique du système. Pire ils le cautionnent.

 

 

TL, mars 2012.

 

Bibliographie:

1. Christian Lévêque, «La nature en débat. Idées reçues sur la biodiversité», Editions Le Cavalier Bleu, 2011.

2. Sylvie Brunel, «A qui profite le développement durable ?», Editions Larousse 2008.

3. Fabrice Nicolino, « Qui a tué l’écologie ? », Les Liens qui Libèrent, 2011.

4. Rapport d’information sur les modes de financement et de gouvernance des associations de protection de la nature et de l’environnement, n° 3142.

5. Pascal Acot. Climat, un débat dévoyé ? Editions Armand Colin, 2010.

6. Les tours pendables du panda. Le Canard enchaîné-mercredi 5 janvier 2011.

7.http://www.contrepoints.org/2012/11/26/105627-wwf-conflit-dinteret-et-delit-dinitie

8. Carbon Capital, Financing the low carbon economy.

9.Energie-climat : un magnifique cas d’école de lobbying climato-industriel. http://blog.turgot.org/index.php?post/Belouve-Accenture